Religion et croyances en Corse

Toute région isolée est ancrée dans ses traditions et ses croyances car isolée des influences extérieures qui viendraient les remettre en question. La Corse est non seulement une île, mais aussi une chaîne de montagnes isolant les villages; ces deux particularités expliquent aisément pourquoi les traditions et les croyances sont restées si vivaces. Toujours très chrétiens les Corses ont aisément marié dans leurs traditions et leurs croyances le dogme catholique et la magie.

L’enracinement permanent dans la religion

La religion en Corse ne se limite pas à l’observance du culte lors des messes dominicales. La ferveur chrétienne est permanente, présente à tout moment de l’existence et visible dans chaque ville, village, hameau et même aux cols de montagne voire chaque carrefour des principales routes. La Corse est chrétienne et vénère de nombreux saints et saintes qui donnent leur nom aux villages, églises et confréries.

 

Santa Divota (Sainte Dévote) une patronne de la Corse

Si l’île s’est historiquement placée sous la protection de la Vierge Marie, elle possède également une sainte patronne originaire de Corse : Sainte Dévote.  Sainte Dévote serait née( ou aurait amenée)  très jeune dans le hameau de Quercio sur la commune de Lucciana (proche de Bastia) en 238. Fille d’un officier romain de troupes occupant la Corse, elle se convertit au catholicisme alors que la mission des troupes romaines était d’éradiquer la chrétienté en Corse. Capturée et tenue de renoncer à sa foi chrétienne, Sainte Dévote préféra être condamnée au martyre plutôt que d’abjurer. Lors de son martyre, non seulement Sainte Dévote n’émit aucune plainte, mais lorsqu’elle expira, une colombe blanche sortit de sa bouche. En sortant de la bouche de Sainte Dévote, la colombe aurait prononcé ces paroles « De ce jour, Jésus te proclame protectrice de la Corse ». Afin que la dépouille de Sainte Dévote soit soustraite aux romains, les chrétiens de Corse auraient embaumé son corps et l’auraient caché dans une barque. Le vent aurait rompu les amarres de la barque qui a traversé la méditerranée et est venue s’échouer à Monaco où depuis, Sainte Dévote est également célébrée. 

C’est aux cris de « Sainte Dévote » que par deux fois les Corses ont repoussé les envahisseurs génois, dont une fois dans les rangs de Pasquale Paoli. La grotte de Sainte Dévote est située un peu au-dessus de Borgo à proximité de Lucciana. ‘A gratta di Santa Divota’ fait l’objet d’un pèlerinage le 27 janvier. On trouvait dans cette grotte des perles de verre qui étaient le laisser passer des anciens chrétiens venus y célébrer leur culte.  La tradition voulait que les jeunes filles montent ces perles de verre ou de terre vernissée  en colliers appelés ‘i paternostri di Santa Divota’.

 

Santa Ghjulia (Sainte Julie) autre patronne de la Corse

Contemporaine de Sainte Dévote, mais ayant vécu à Nonza, Santa Ghjulia eût également à subir le martyre pour n’avoir pas abjuré sa foi chrétienne. Entre autres, ses seins furent coupés et jetés en contrebas de la falaise. A l’endroit où ils tombèrent, deux sources jaillirent du flanc de la falaise. Lors de son dernier soupir, une colombe blanche sortit  de sa bouche en signe de sainteté.  Les eaux des sources de Santa Ghjulia sont réputées miraculeuses  et font l’objet de pèlerinages.

San Teofilu di Corti (Saint Théophile de Corte) patron de la Corse

Né à Corte (Haute Corse), il y fonda un ordre religieux et serait l’auteur de nombreux miracles et guérisons miraculeuses y compris post-mortem. Lors de son décès, son corps ‘en odeur de sainteté’ embaumait et ne se décomposait pas, de plus le sang restait fluide et les tissus souples. De nombreuses guérisons miraculeuses en visitant son tombeau ont été signalées.

Citons entre autres les autres saints et saintes principaux que sont :

  • Sant’Antone di l’Allogju  (Saint Antoine) dont les oranges d’Aragnu bénies   en son nom auraient des propriétés miraculeuses
  • Saint Erasme évêque et martyr, patron d’Ajaccio et un des premiers chrétiens de Corse. Saint Erasme est le patron des pêcheurs et des marins.
  • Sainte Restitude, martyre, patronne de la Balagne dont le sarcophage a été mis à jour à Calenzana.
  • San Roccu (Saint Roch) dont les invocations étaient censées protéger de la peste qui a ravagé maintes fois les villes côtières de Corse.

Les confréries corses

Les confréries (à ne pas confondre avec des guildes) sont toujours très vivantes en Corse. Non seulement les jeunes les rejoignent aisément mais de nouvelles confréries voient encore le jour ou sont recrées lorsqu’elles avaient disparu. Une confrérie regroupe le plus souvent des hommes du même secteur (marins, pêcheurs, éleveurs…), du même quartier ou de la même chapelle. Chaque confrérie est placée sous la protection du saint dont elle porte le nom ou de la chapelle élevée au nom de ce saint. Le rôle des confrères est bénévole et humanitaire. A l’origine, les confrères se chargeaient d’emporter le corps d’un défunt et de lui permettre des funérailles honorables. Chaque confrérie se charge des processions de la châsse lors de la fête de son saint patron. C’e »st à la Semaine Sainte qu’ont lieu le plus grand nombre de processions et les plus impressionnantes. Il faut avoir vu le Catenacciu à Sartène et la procession de Saint Barthélémy à Bonifacio où une châsse de plus de 800 kilos est portée par 6 hommes seulement dans les rues étroites et pentues de la cité des Falaises. 

Les églises, couvents et chapelles corses

Témoignant sans relâche de la foi des Corses en les saints et saintes chrétiens, la Corse possède une multitude d’églises, couvents, oratoires et chapelles dont l’architecture très diverse va de l’art roman apporté par les Pisans jusqu’au baroque flamboyant des Génois.

  • L’église de la Canonica (Santa Maria Assunta) à Croceta (proche de Bastia Haute Corse) est une basilique romane pisane bâtie au 12eme siècle dont les murs sont de marbre polychrome et des fameuses pierres de Brando et Sisco (villages du Cap Corse).
  • San Michele à Murato (à proximité de Saint Florent Haute Corse) est une des plus connues Corse car exceptionnelle. Sa sobre architecture romane devient flamboyante en raison des matériaux utilisés pour l’édifier : de la serpentine verte et du calcaire blanc qui donnent à ses murs un aspect de damier ésotérique.
  • Eglise de la Porta (Saint Jean Baptiste) en Castagniccia entre Folelli et Ponte Leccia (Haute-Corse) au style baroque génois et au campanile à 5 étages culminant à 45 mètres de haut.
  • Eglise paroissiale St Jean Baptiste de Bastia (Haute Corse) aux deux clochers dont l’architecture simple abrite à l’intérieur des trésors artistiques.
  • Les deux églises de Cargèse (Haute Corse) où le même village abrite une église catholique romaine et une grecque orthodoxe dans la même paroisse, le même prêtre assurant les deux offices dans le partage et le respect des deux religions. 

Les croyances

Plus anciennes que la foi chrétienne ou induites par celle-ci de nombreuses croyances et superstitions accompagnent la vie insulaire. Bien souvent c’est l’ochju (le mauvais œil) qui est la sanction au franchissement d’un tabou ou d’un interdit à moins que sa victime ait déclenché la jalousie d’un vivant ou la vengeance d’un défunt  ( l’imbuscata’). Dans l’attirance de l’ochju on peut citer le fait de dormir sous un noyer dont l’ombre serait néfaste ; c’est pourquoi si chaque place ou parvis d’église est ombragé par un arbre, celui-ci ne sera jamais un noyer.

Hormis, l’ochju, la Corse serait d’après les croyances ancestrales peuplées de mauvais esprits ‘spiriti’ dont les ‘steghe’ qui sous l’apparence physique d’une vieille femme s’introduisent dans les maisons pour boire le sang des jeunes enfants, les ‘acciatori’ qui se rendent invisibles et fendent à la hache le crâne des promeneurs imprudents.
On ne siffle pas la nuit dans le maquis en Corse afin de ne pas réveiller des esprits maléfiques.

Dès la naissance, le nouveau-né est protégé des mauvais esprits par un beau livre de messe placé au fond de son berceau avec un poignard en forme de croix. Bien souvent, un peu de gros sel sous son oreiller ou un morceau du cierge de la chandeleur était censé le protéger encore. On ne coupait pas les ongles d’un jeune enfant sous peine de le priver de ses défenses, on n’embrassait pas un nourrisson dans son berceau et on évitait surtout de balancer son berceau vide sous peine d’attirer le malheur sur lui.

Pour le baptême, l’enfant recevait un parrain et une marraine toujours choisis au-dehors du cercle familial. Le choix de la marraine était important puisqu’une femme ne devait pas accepter d’être la marraine d’une fille si elle l’était déjà d’un garçon sous peine de malédiction à n’enfanter que des filles… Parrain et marraine ne devaient pas se tromper ou balbutier en récitant le Credo sur les fonts baptismaux sous peine de nuire à l’avenir de l’enfant ; de même, si le nourrisson s’endormait durant son baptême, il risquait de ne pas le recevoir entièrement.

Seulement une fois baptisé, l’enfant était présenté aux villageois. L’entrée de l’enfant porté aux bras par sa mère dans une maison y apporte le bonheur, en échange la maîtresse de maison lui remet trois objets symboliques : un œuf pour l’intelligence, une pincée de sel pour la sagesse et une allumette pour la droiture.

L’enfant mâle n’est pas écarté dans son éducation des filles même si lui a le privilège d’aller à la chasse avec son père. Le passage du garçon enfant (zitellu) au statut d’homme (omu) est marqué par la remise par son père d’un couteau qui symbolise son autonomie.

Si la naissance, l’enfance et la vie en Corse ont été sans cesse encadrées de traditions, croyances et superstitions, il en est de même pour la mort. Lorsque la mort naturelle semble sur le point d’arriver rapidement, on se pressera de sonner les cloches du campanile afin que l’agonisant les entende une dernière fois. Dès que la personne a trépassé, tous les miroirs de la maison sont recouverts d’un drap afin que  l’esprit du mort ne puisse s’y refléter et rester prisonnier de la maison. Les fenêtres et les portes sont laissées ouvertes afin que l’esprit sorte de la maison.

Les esprits des morts et des défunts mal honorés ou mal vengés sont censés former la ‘Squadra d’Arroza’ qui est une procession de fantômes annonçant des morts prochaines.  Si cette squadra d’Arroza est aperçue, il faut vite lui tourner le dos et placer un couteau dans sa bouche afin de ne pas devenir comme ces ‘mazzeri’ (condamné à voir les morts prochaines) ou un sorcier ‘streghu’.

Contre l’ochju’, mais aussi pour guérir les blessures, on peut faire appel à un ‘signatore’ ou une ‘signatora’ (guérisseur, guérisseuse) qui en ont reçu le pouvoir d’un de leurs grands-parents par une nuit de Noël durant la cérémonie secrète de l’ ‘incantesimu’.

Bien évidemment, les Corses savent désormais quel crédit apporter aux superstitions mais celles-ci ont donné lieu à des coutumes qui bercent encore aujourd’hui l’âme corse. La superstition fait partie intégrante de la tradition qui est maintenue vivace ainsi afin d’honorer le souvenir des anciens et l’identité corse.   

 

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