Un peu d’histoire pour comprendre la Corse

Sur l’île convoitée, la population vit en montagne

La position de la Corse presque au centre de la Méditerranée explique l’attrait qu’a toujours eu la Corse sur les civilisations méditerranéennes. Phocéens d’abord, puis, Etrusques, Carthaginois, Pisans, Ligures et Génois, tous les peuples conquérants ont cherché à s’établir en Corse, seule île verte de la Méditerranée où l’eau se trouve en abondance. Les Grecs qui avaient sillonné toute la Méditerranée, l’ont même appelée ‘La plus belle’ (Kalliste). Les peuples s’installant en Corse, bien qu’arrivant par la mer, se sont longtemps méfié du rivage trop vulnérable à des attaques venues de la mer et notamment de la piraterie mauresque. Ceci explique pourquoi les villages de Corse sont historiquement bâtis sur les hauteurs de l’île, à l’abri des invasions redoutées mais regardant la mer pour voir arriver d’éventuels assauts. Pour cette même raison, des tours de guet ont été établies tout au long du littoral afin de surveiller la mer et de prévenir les villages par des feux d’alerte allumés en cas de danger. Ces tours baptisées de ‘génoises’ n’ont pas été créées que par les Génois, mais en Corse, bien des constructions anciennes sont qualifiées de génoises dès que leur histoire est plus ancienne que la mémoire des vénérables des villages.

La Corse pauvre est pourtant l’enjeu de rivalités

Ballotée entre Génois, Ligures et Aragonais qui sont les principales influences en Méditerranée, la Corse s’échange administrativement sans que les Corses n’aient leur mot à dire à l’exception de Sampiero Corso qui a payé de sa vie son désir d’autonomie de l’île au quatorzième siècle. Sous l’influence génoise, la Corse devient (apparemment) prospère. Les échanges maritimes enrichissent les villes côtières comme Calvi, Bastia et Bonifacio ; mais n’oublions pas que dans les villages de montagne on survit quand on ne meurt pas de faim. Le châtaignier, arbre fournissant une nourriture fruste mais abondante, est planté en masse dans l’île dès lors que l’altitude s’y prête. Pendant un temps, chaque famille possédant de la terre avait l’obligation de planter quelques châtaigniers sur son terrain afin de pourvoir à la nourriture des hommes (farine de châtaigne) et des animaux (porcs). Qui dit profit, dit aussi convoitise ; c’est à cette époque devenant prospère que serait née la Vendetta façon locale et sanglante de régler les conflits entre familles.

La Corse pionnière des révolutions, patrie de l’empereur

Au début du 18° siècle, avant la Révolution Française, les Corses se soulèvent contre Gênes pour les mêmes causes qui déclencheront les soulèvements sur le continent : la misère et la famine face à l’opulence et au dédain de la noblesse et des nantis. L’insurrection corse menée par Giacintu Paoli, prendra pour hymne national le ‘Dio vi Salve Regina’ (toujours chanté à toute occasion solennelle en Corse) et rédigera la première constitution (bien avant celle de la France et celle de l’Amérique qui s’en sont inspirées). Le fils Paoli, Pasquale Paoli porte encore la légende d’un héros national et reste l’image comme Sampiero Corso du courage et de la détermination des Corses contre l’oppression.

La ‘Nation Corse’ naissante est avant-gardiste, une constitution, une université à Corte gratuite et ouverte à tous, et des notions d’égalité dans l’esprit républicain. Pasquale Paoli est considéré comme le père de la Nation Corse (U Babbu), nation en avance sur toutes les autres, qui inspire l’humanisme à Goethe et à Jean Jacques Rousseau notamment. Les navires corses arborent le pavillon de la nation qui est la tête de maure (Testamora) en remplacement de celui provincial qui était à l’image de la Vierge Marie. Mais la Corse et les Corses sont clairvoyants et la tête de maure du drapeau corse aura désormais le bandeau relevé libérant la vision. Durement réprimée, la révolution corse est noyée dans le sang. Gênes monnaye la souveraineté de la Corse au royaume de France en 1768. Quelques mois plus tard, les troupes corses de Pasquale Paoli sont défaites à Ponte Novo par les troupes royales françaises le 8 mai 1769 (20 ans avant la Révolution) et fait plus de 4800 victimes. Cette même année 1769, naît à Ajaccio un fils dans la maison Bonaparte qui sera prénommé Napoléon.

 

Napoléon Bonaparte réalise les vœux de Pascal Paoli

Sous la jeune république, la Corse cherche son indépendance et tente une alliance avec l’Angleterre qui convoite cette position stratégique en Méditerranée. Des alliances, des mésalliances et des revirements font de cette époque une période de combats, de luttes et de dissensions entre villes corses. La Corse est divisée en deux départements : le Golo avec Bastia comme préfecture et le Liamone sous la préfecture d’Ajaccio. En 1827 est achevée la première route carrossable de Corse qui mène de Bastia à Ajaccio. Puis, la Corse est reconnue à part entière comme un département qui sera enfin relié officiellement au continent par la première liaison maritime régulière en 1830.

En 1852, Napoléon Bonaparte devient empereur. Sous son égide, la Corse est développée tant au niveau de l’agriculture que des transports et de l’exploitation des ressources. Napoléon se souvient que les Corses mouraient de faim lorsqu’il était enfant. Il fait octroyer des primes pour inciter à la culture des pommes de terre, des oliviers et des arbres fruitiers. Des marais sont asséchés à Calvi et à Saint Florent pour endiguer la malaria qui fait encore de nombreuses victimes. La Corse devra à Napoléon notamment les arrêtés Miot (exonération de droits de succession ou calcul allégé), la présence de gendarmes (payés en ‘campagne’ comme à l’étranger !) et des infrastructures en nombre dont le palais Fesch prévu être une université et devenu un musée de renommée internationale . Citation célèbre de Napoléon qui résume son histoire et son action pour la Corse : « J’ai puisé la vie en Corse et avec elle un violent amour pour mon infortunée patrie et pour son indépendance. Et moi aussi, je serai Paoli ».

La Corse saignée à blanc par les guerres mondiales

La première guerre mondiale coûte la vie à plus de 20 000 hommes corses. Alors que sur le continent les pères de 4 enfants et plus ne sont pas appelés sous les drapeaux, les Corses et les Sénégalais n’en sont pas exemptés et quel que soit le nombre de personnes à charge, ils sont envoyés dans les tranchées. Avec de telles coupes dans la population active, les grands projets ont pris l’eau, la surface de terres cultivées se met à diminuer et le maquis s’étend. Les jeunes Corses commencent à prendre l’habitude d’aller travailler dans l’administration sur le continent pour assurer des ressources à leur famille.

En 1938, la montée du fascisme en Italie se traduit par la volonté de Mussolini d’annexer Nice, la Savoie et la Corse (ses anciennes possessions). A cette volonté d’annexion, les Corses répondent par le ‘Serment de Bastia’ : « face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français. ».

En zone dite ‘libre’ jusqu’à la capitulation du gouvernement de Vichy, la Corse voit débarquer en 1942 des troupes d’occupation destinées à endiguer l’avancée des alliés depuis l’Afrique du Nord. Ces troupes sont composées de 15 000 Allemands et 85 000 Italiens soit 100 000 soldats pour une île de 215 000 habitants. Un soldat derrière deux Corses ! Malgré ça, depuis 1941, la résistance corse s’est constituée sous son chef Fred Scamaroni. La résistance Corse s’enrichit d’hommes de femmes et de matériel dont le célèbre sous-marin Casabianca qui sera longtemps le soutien et le fer de lance de la résistance. (Le kiosque du sous-marin Casabianca est désormais exposé sur le port de Bastia et bon nombre de rues et de places portent les noms prestigieux des résistant(e)s corses dont Fred Scamaroni, Danielle Casanova et tant d’autres…)

 

La première libération en France : La Corse

Lorsque l’Italie capitule en 1943, les Allemands ramènent en Corse leurs troupes de Sardaigne et de Sicile pour les rapatrier. Les résistants corses, le corps expéditionnaire français et des patriotes italiens ralliés harcèlent les forces allemandes jusqu’à les réduire ou les expulser. La Corse est libérée le 5 novembre 1943, elle est la première. Désormais, la Corse sert de base opérationnelle aux troupes allant libérer l’Italie et allant débarquer en Provence en août 1944.

Base opérationnelle, ‘porte-avions permanent en Méditerranée’, la Corse est un enjeu stratégique que les alliés exploitent et que l’OTAN utilise encore. La Base de Sari Solenzara est créée sur d’anciens marécages. Les Américains amènent avec eux le DDT qui mettra enfin un terme à la malaria en Corse. Il était temps, jusqu’alors, en été les Corses du littoral montaient en été dans les villages pour fuir la chaleur mais surtout les moustiques car il en allait de leur santé voire de la vie de leurs proches.  

Un peuple déterminé pour une île sereine

Désormais en paix dans une Europe unifiée, la Corse mise sur le tourisme pour faire vivre dignement sa population. Mais pas à tout prix !

L’affaire des ‘boues rouges’ a montré qu’il fallait aux Corses être vigilants pour protéger le patrimoine naturel exceptionnel de l’île la plus belle. Pas de pollution ni d’urbanisation galopante (baléarisation) sont les deux principaux cris de ceux que l’on qualifie d’autonomiste ou d’indépendantistes. La Corse, son environnement, la manne financière que représente le tourisme en Corse sont autant d’enjeux qui attirent les convoitises de tous les milieux.

Si l’on veut faire passer Les Corses pour un peuple violent, il faut se souvenir qu’ils ne se battent pas par plaisir mais par nécessité. Si la Corse se bat, elle se bat pour aspirer à la sérénité de cette communauté de destin que constitue son peuple insulaire quelles que soient ses origines mais qui a fait le choix de respecter cette île et ses habitants.

Que ceux qui viennent en paix se rassurent, la violence en Corse n’est pas une valeur mais un exceptionnel recours alors que l’hospitalité légendaire est ici actuelle et permanente.

 

 

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