Origines et histoire des chants polyphoniques corses

Comme dans toutes les régions agricoles et pastorales, la parole a longtemps été le seul véhicule des émotions et des transmissions. Dans une population le plus souvent illettrée, aucun texte ne peut être transmis s’il n’est pas chanté. L’air de musique guide les chanteurs dans le déroulement des paroles. La musique pour sa part est de tous les temps et de tous les âges. La musique est d’abord berceuse, puis danse enfantine, et par la suite, accompagne les évènements de la vie : veillées familiales, séduction, cérémonies et deuils. Les Corses sont restés liés à ces traditions musicales et les ont élevées de chants de travail ou de célébration en un art mondialement reconnu : les chants polyphoniques corses.

Les différents chants polyphoniques corses

Les ‘paghjelle’ sont originalement des chants d’amour vantant les attraits de la jeune fille convoitée ; à l’instar des chants andalous la ‘paghella’ peut devenir douloureuse en pleurant les ravages que la belle a fait dans le cœur du chanteur.

Les ‘chjami e respondi’ (appels et réponses) peuvent être à l’origine des moyens de s’interpeller d’un versant à l’autre mais sont devenus des joutes oratoires chantées dans lesquelles les participants rivalisent d’habileté à improviser des paroles sur le thème du départ du chant. Parfois humoristiques à l’extrême, ce sont les ‘scherzose’ qui cultivent l’art de la ‘macagna’ (plaisanterie élevée au rang de sport national…).

La ‘tribbiera’ est un type de chant de travail dont le rythme s’inspire du pas des bœufs ou de celui des hommes dans les tâches agricoles manuelles.

Les ‘lamenti’ sont des chants de désespoir lors de deuil qui accompagnent le départ du défunt et soudent la communauté des vivants dans une célébration partagée. Lorsque le chant passe de la tristesse à la vocifération colérique, l’appel à la vendetta est un ‘voceru’.

Les chants sacrés qui ont de tous temps rythmé les cérémonies religieuses et qui accompagnent toujours les processions des nombreuses confréries de toutes les villes de Corse. Le plus souvent, ces chants sont encore chantés en latin parfois légèrement ‘corcisés’.

La polyphonie corse

La polyphonie corse est née de la volonté des chanteurs de s’unir et de se fondre dans un chant commun tout en respectant l’identité de chacun. Traditionnellement, le chant polyphonique est à trois voix mais peut se décliner à cinq ou sept selon les timbres et les amis présents. On distingue : la basse ’u bassu’, le baryton ‘a siconda’ (la seconde) et la tierce ‘a terza qui est la voix la plus haute. En règle générale, le baryton ‘a siconda’ mène le thème principal que la basse ‘u bassu’ vient soutenir et aggraver pendant que ‘a terza’ développe des ornements ‘ribuccati’ rappelant parfois un chant oriental ou andalou. L’entente et l’harmonie dans le chant est un mélange précieux de différentes voix chantant chacune à son timbre et à son rythme pour faire naître une ‘voix magique’ faisant croire à la présence d’un chanteur supplémentaire. Cette voix née de la vibration des autres est un instant d’extase qu’il faut avoir entendu pour ne jamais plus l’oublier. Le souci de chaque chanteur de pouvoir développer son chant explique la technique fréquente de se boucher avec la main l’oreille la plus proche de son voisin afin d’atténuer sa présence et pour conserver son thème propre.

Les nouvelles polyphonies corses

Nées avec le mouvement du ‘riacquistu’ (reconquête des cultures et traditions), les nouvelles polyphonies corses montrent le talent et l’implication des jeunes corses dans le maintien des traditions insulaires. De nombreux groupes plus ou moins récents ont fait connaître les polyphonies corses au monde entier et continuent à sillonner les villes et les villages de Corse tous les étés afin de faire partager aux visiteurs, cette part émouvante de la culture corse. De plus, hors concerts, on chante encore dans les bars et les soirées en Corse, et les spectateurs y sont toujours les bienvenus afin de partager par leur écoute la célébration de la musique, du chant et de l’amitié.

 

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