Histoires sur les traditions culturelles corses

Sur cette île pauvre mais très convoitée, souvent envahie, vendue ou échangée, les Corses ont développé une identité forte qui leur a permis de survivre et de conserver leur dignité. Le respect et le culte portés à ces traditions corses sont le lien matériel de cette identité que les Corses aiment à rappeler à tout moment.

Une île placée sous la chrétienté

Peut-être parce que les premiers envahisseurs et pirates étaient maures ou ottomans, les Corses ont forcé le trait de leur obédience en se plaçant résolument sous la protection chrétienne. La Corse a notamment cultivé le culte de la Vierge Marie, patronne et protectrice de l’île. Le ‘Dio vi Salve Regina’ est, dans son usage, un chant sacré et un ‘hymne à la Corse’. Dans le même esprit, l’Assomption de la Vierge est quasiment élevée en ‘fête nationale’ ainsi que le 8 septembre célébration de la Nativité. En plus de la Vierge, de très nombreux saints sont honorés dans l’île et bénéficient de nombreuses églises et chapelles qui souvent abritent une ou plusieurs confréries dont la tradition, loin de se perdre, se développe encore. Les processions des confréries les plus nombreuses ont assurément lieu à Bonifacio dont la St Barthélémy (23 ou 24 août) est la plus spectaculaire alors qu’à Sartène a lieu le célèbre ‘Catenacciu’ (le vendredi saint) ou un pénitent anonymement cagoulé effectue un chemin de croix dans la cité. Mais les processions existent partout en Corse et portent diverses appellations selon leur lieu et leur rituel : ‘a cerca’, ‘ a parata’, ‘a granitula’, i casci’.

Les églises et chapelles voient encore de très nombreux fidèles emplir leurs bancs même en dehors de la messe dominicale. Presque toute célébration même laïque en Corse est souvent suivie d’une messe ou d’une bénédiction. Rares sont les villages où les cloches sont muettes et bien souvent les visiteurs en Corse sont surpris de les entendre sonner même tard dans la nuit. Un exemple de cette tradition chrétienne mêlée de superstition est qu’on ne signe pas un contrat ou un acte le vendredi, jour de la Passion du Christ.

L’hommage aux anciens et aux ancêtres

Extrêmement respectueux des anciens, les corses prennent soin des personnes âgées. Le nombre de maisons de retraite est réduit par rapport à la densité de la population. La tradition corse veut que l’on rende hommage aux anciens qui ont cultivé et développé les acquits familiaux. Le placement en maison de retraite est senti comme un abandon déshonorant d’une famille ingrate. De même, les morts sont honorés souvent mieux que de leur vivant. Nombreux sont les morts abrités dans des mausolées sur la propriété familiale ou sur les plus beaux points de vue de l’île. Il est impossible d’emprunter une route corse sans apercevoir un ou plusieurs mausolées placés face à la mer sur un promontoire dans une opulence foncière qui aurait été inaccessible au vivant. Lorsque les morts ont été inhumés dans les cimetières, les tombes rivalisent d’élévations et d’enluminures. Le cimetière marin de Bonifacio en est la plus célèbre manifestation.

 Mausolées isolés, tombes et caveaux en cimetière ou niches sanctuaires le long des routes (lors d’un accident de voiture mortel), tous les lieux de mémoire sont entretenus soigneusement. Les dalles sont propres, les maçonneries refaites, les fleurs sont changées régulièrement et bien souvent une ou plusieurs bougies y manifestent le souvenir ardent. Il est parfois surprenant pour les visiteurs de voir combien de magasins vendent ce type de bougies et de photophores destinés à maintenir de la lumière sur les lieux de mémoire. N’oublions pas que les morts s’ils ne sont pas respectés sont encore capables de lancer des sorts aux vivants ‘l’imbuscata’…

Les Corses et l’honneur

Peuple fier, les Corses ont un sens de l’honneur prépondérant. Les personnes sont respectées d’entrée mais malheur à celle qui trahit ce respect ou ne le renvoie pas. Si un Corse arrête sa voiture en plein milieu de la rue pour discuter quelques minutes, on ne klaxonne pas. L’amitié et le témoignage de l’amitié méritent quelques minutes d’attente pendant lesquelles toute manifestation d’impatience apparaitrait comme un manque de savoir-vivre. Bien que la société apparaisse patriarcale, les femmes se font souvent discrètes mais attentives et autoritaires. Même si l’égalité des sexes a fait son chemin en Corse, la femme est encore plus respectée que l’homme ou que la propriété. Et pourtant la propriété est sacrée : une expression corse pour dire que quelqu’un s’est introduit sur son terrain peut se traduire par ‘il m’a marché dessus’. La vendetta, largement citée par Prosper Mérimée n’est pas une légende, mais une histoire ancienne bien réelle datant de l’époque où la Corse pré-napoléonienne manquait de service d’ordre. Les familles réglaient entre elles leurs différends. Mais si de nos jours les querelles existent toujours, largement relayées par les médias continentaux, aucun climat de violence n’est sensible en Corse où la vie est sacrée ; d’ailleurs aucun plastiquage ne fait de victime mais ne vise que des biens matériels. 

Ces mystères persistants, magie, guérisseurs et sorcellerie

Il y a encore en Corse des mystères à mi-chemin du sacré et du païen dont les traditions viennent du plus profond des âges. L’ ‘ochju’ (l’œil) est un sort ou une malédiction dont tout un chacun peut être victime. L’ochju se traduit par une mauvaise santé (être malade en Corse se dit souvent ‘être fatigué’), de la malchance et un manque de réussite. Les victimes de l’ochju le sont le plus souvent à cause de la jalousie et de l’envie qu’elles ont suscitées dans leur voisinage ou de l’imbuscata’ lancée par un défunt non vengé ou mal honoré. Seul un ‘signatore’ ou une ‘signatora’ (guérisseur, guérisseuse) peut débarrasser l’ochju et même guérir de certains maux, blessures, brûlures et piqûres. Le pouvoir de ‘signatore ou signatora’ se transmet trans-générations (grand parents à petits enfants) et uniquement la nuit de Noël lors de la cérémonie de l’ ‘incantesimu’ dont le rituel est secret. Notons aussi la subsistance des ‘mazzeri’, ces personnes qui dans leur sommeil se voient en train de chasser un animal sauvage et de le tuer avec une massue ‘a mazza’. Une fois l’animal oniriquement mort, s’ils entrevoient dans la face de l’animal le visage d’une personne, c’est que celle-ci est appelée à décéder dans les trois jours.

 

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